Pourquoi certaines personnes ont-elles peur des chiens de type Pit Bull?


Les médias ont de grandes répercussions sur l’opinion publique, car beaucoup de citoyens leur accordent une confiance aveugle. Malheureusement, ceux-ci sont libres de rédiger ce qu’ils veulent et d’affirmer des faits sans sources ou études fiables. La recherche de sensationnalisme des journalistes et chroniqueurs les mène souvent à mettre l’accent sur certains sujets précis, afin d’attirer l’attention des auditeurs et lecteurs, n’hésitant pas à rédiger des informations issues de leur opinion personnelle et non de faits réels.

Les médias, le public et la peur

Selon le Professeur Antoine Maurice (directeur de l’Institut de journalisme et communication, Université de Neuchâtel, journaliste à la Tribune de Genève), « La présence de la peur dans les médias apparaît aujourd'hui massive comme les médias eux-mêmes, surtout à la télévision. La peur imprègne les contenus médiatiques que nous évoquons ici sous un angle socio-politique. Les peurs contribuent à la part de l'opinion publique qui a trait aux émotions, ce que les théoriciens de l'agenda nomment attributs émotionnels. On a peur ensemble et la peur produit sans doute du lien social face aux multiples dangers, menaces et risques qui guettent. La peur diffusée est aussi une peur légitime, un déclencheur d'alarme et de réponse appropriée. Elle devient ainsi identitaire et d'autant plus qu'elle est parfois recherchée: plaisirs de la peur dans les sports acrobatiques ou dans la lecture des faits divers sanglants. […] »

Dans le cas des « Pit Bulls » une désinformation évidente a été propagée par beaucoup de journalistes et chroniqueurs québécois, dans le but de démontrer une dangerosité de la part de ce type de chiens en particulier, sans pouvoir fournir de preuves fondées. Cet acharnement médiatique est mis en valeur par diverses formes telles que: la publication répétée d’articles au sujet de ces chiens, la mise en avant de ces attaques par rapport à celles des autres chiens qui sont toutes autant dangereuses, l’utilisation de sources négatives contestées par des études, la recherche de potins dans d’autres pays, et autres. La mise en avant hors contexte de ces attaques est également un facteur dans cette peur, car peu de citoyens savent que la moyenne du nombre de morsures canines est estimée à plus de 164 000 en une année dans notre province. En conclusion, tous les chiens mordent, et nous devrions être vigilants à leur comportement plutôt qu'à leur apparence physique, croisement ou race.

Les conséquences néfastes de la médiatisation des chiens de type « Pit Bull »

Depuis plusieurs années, beaucoup de médias surexposent les attaques des chiens de ce type et tentent de démontrer d’une part que leurs propriétaires sont irresponsables (on retrouve souvent des allusions aux « gangs de rues » par exemple), et d’une autre que ces chiens sont particulièrement plus dangereux que les autres alors qu’aucune étude scientifique ne le prouve.

Les médias ont beaucoup d’impact sur la population, et cela se démontre de plusieurs manières:

*Le public ne connaissant pas toujours personnellement un chien de type Pit Bull, ou d’une race visée par la Législation Spécifique de la Race, se fie souvent à la médiatisation répétée de morsures de chiens de cette catégorie; qui est généralement hors contexte. Par exemple, aucun article exposant une de ces attaques ne mentionne les études portant sur le nombre approximatif de morsures qu’il y a au Québec chaque année.

*La médiatisation de la récente attaque mortelle a poussé plusieurs citoyens québécois à empoisonner des chiens de type Pit Bull et autres, ou à commettre des actes de violence verbale ou physique envers des propriétaires et leur(s) chien(s). La mise en avant de la mort de Christiane Vadnais a également occasionné une augmentation de la peur auprès de personnes craintives des chiens de toutes races.

*Les maîtres des chiens ressemblant au Pit Bull Terrier Américain sont stéréotypés par beaucoup de gens à cause des articles faisant souvent allusion aux « gang de rues » et aux combats de chiens. Pourtant, des personnes de tous âges et classes sociales possèdent des chiens de type Pit Bull ou des races qui y sont associées, et la race du Pit Bull Terrier Américain a elle-même été travaillée sur plusieurs générations afin d’éliminer des programmes d’élevage les chiens reproducteurs présentant des signes d’agressivité envers les humains. Ce sont désormais des chiens de famille qui sont cependant énergiques, comme plusieurs autres races.